Le Lion russe?

poutine

Les écrivains utilisent habituellement les termes «Ours russe».

L’origine de cette nomination est occidentale, peut-être britannique. Elle avait pour objectif de défigurer l’image de la Russie, la qualifiant d’État dur et féroce. Cette image fut confrontée à celle «belle» des États-Unis, comme étant le pays du «rêve américain».

Cette comparaison a été adoptée surtout dans la période de la guerre froide. Les Russes étaient indifférents à cette métaphore. Eux même ont promu l’idée d’avoir apprivoisé les ours, lorsque ces animaux furent adoptés comme slogan dans certains évènements sportifs.

L’image de l’ours russe jouant avec un instrument musical (la Balalaïka), a été largement diffusée dans le monde. Elle fut aimée par les Russes et les autres nationalités.

Depuis l’avènement au pouvoir de l’homme des renseignements russes, au visage de marbre, Vladimir Poutine, une nouvelle métaphore a émergé sur le plan international. On dit désormais que le maitre du Kremlin est un «lion dans la forêt de la communauté internationale». Un lion qui guette les chances et se rue sur cette proie pour l’avoir.

L’image du président sportif, musicien, homme d’affaires, jeune, joueur de Judo et de Taekwondo, en dépit de l’âge (62 ans), a brillé dans le monde. Par une seule déclaration, il est en mesure de soulever les appréhensions de la Maison Blanche et de l’Otan.

Ce n’est point une exagération. Poutine a imposé ses conditions sur la forêt internationale. (Le mot communauté est une exagération en soi). Il a contraint l’Otan à réexaminer le système du déploiement du dôme des missiles. Il a menacé de relancer la course à l’armement. Il a bloqué plusieurs résolutions internationales en Conseil de Sécurité. Il a décidé, avec la Chine et les pays du Brics, de changer le cours du monde unipolaire. Il a fait miroiter la mise en place d’un nouveau Fonds monétaire international afin d’y remplacer le dollar américain par une autre monnaie. Depuis 2008, il a adopté un discours, dans lequel il affirme que les États-Unis doivent traiter la Russie à pieds d’égalité. L’ère du monde unipolaire est révolue. Le monde n’est plus assujetti à Washington.

Dans cette forêt internationale, Poutine est entré vigoureusement dans le Moyen Orient, via les deux portes syrienne et iranienne. Il est de même en mesure d’y pénétrer via la porte israélienne. Ce pays héberge en effet plus d’un million d’Israéliens d’origine russe. Dans l’apogée de la crise syrienne, il s’est rendu à «Tel-Aviv». Il s’est présenté en tant que seul homme capable de jouer le rôle de médiateur entre «Israël» et ses ennemis les plus redoutés.

Poutine a réalisé que la résistance du pouvoir syrien face aux tentatives de renverser le président Bahar Assad, donnera à la Russie plus de crédibilité. Il n’a jamais dit qu’il défend Assad, mais plutôt la loi internationale. C’est une question importante pour lui et pour le rôle de son pays. Il peut se vanter d’avoir soutenu un pays pour que ce dernier résiste. Ce fait donne une meilleure crédibilité au rôle russe. D’autres ont défendu la partie adverse. Ils se sont trouvés contraints de rejoindre la logique russe: Pas d’intervention militaire en Syrie, pas de chute du régime par la force, pas de solution sauf politique, le départ d’Assad avant Genève 2 est inacceptable, il faut donner la priorité à la lutte contre le terrorisme.

Il a établi, aux côtés de la Chine, un bouclier diplomatique pour protéger le régime syrien. Ce bouclier a été suivi par l’envoie d’armes, d’experts militaires et peut-être plus.

Certains pays occidentaux et arabes ont œuvré pour ternir l’image de Poutine. On dit qu’il appuie un régime tyrannique et contribue à l’effusion du sang syrien. L’Arabie a même indiqué dans une période de la crise que la Russie perdra ses intérêts dans la région. Poutine n’a pas bougé d’un iota. C’est alors que le chef des renseignements saoudiens, l’émir Bandar Ben Sultan, s’est rendu à Moscou.

Voici Poutine qui élargit la marge. Il envoie son ministre des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, à Téhéran pour jeter les fondements d’un large partenariat. Lavrov, ferme comme son président, indique que la Russie s’apprête à approfondir les relations avec l’Irak pour contribuer à la stabilité de ce pays. Il affirme, de même, que l’Iran est un acteur principal à Genève 2.

À une distance de quelques Kilomètres, se tient la réunion du Conseil de coopération des pays du Golfe. Les appréhensions y sont grandes. Le litige marque pour la première fois une telle réunion.

Le Sultanat d’Oman, proche de l’Iran, se rebelle contre un des puissants du Conseil. Les Émirats expulsent des opposants sous prétexte d’interdire leurs activités politiques. Le Koweït envoie à Damas des indices d’ouverture, en dépit de l’inquiétude des autorités koweitiennes du courant fondamentaliste. Tous, à l’exception du Qatar, déclarent la guerre au courant des Frères Musulmans. Le sommet avance du nouveau. Il salue l’accord irano-occidental. Ceci est important suite à des semaines d’abstention saoudienne. En outre, le sommet soutient, à l’unanimité, la participation de la «Coalition nationale syrienne» à Genève 2. Cette position est encore plus importante. Elle survient en dépit du maintien d’Assad au pouvoir et au moment où l’armée syrienne et ses alliés se préparent à finaliser la bataille du Rif de Damas, au terme de celle de Qalamoun. La suite du communiqué du sommet est connue d’avance. Au moment où le sommet du Golfe soulignait qu’Al-Qods est la capitale de l’État palestinien, un colon israélien poignardait un jeune palestinien au cœur d’Al-Qods. Comme d’habitude, nulle condamnation.

La position de Poutine sur l’interdiction de la production par l’Iran de la bombe nucléaire, ne diffère point de celle de Washington. Les deux parties conviennent aussi la nécessité de préserver la force d’«Israël» dans son entourage. Ils sont d’accord sur la priorité de la lutte contre le terrorisme. Il faut maintenir la force des armées arabes, y compris l’armée syrienne. Ils s’inquiètent de l’extension extrémiste vers l’occident. Les points de convergence internationaux sont multiples. Mais la concurrence prévaut.

Les Occidentaux ressentent les périls de l’expansion russe. Il serait bon de passer via la porte ukrainienne. Les Européens s’emploient à soutenir l’opposition dans ce pays. La vice-secrétaire d’État américaine rencontre des opposants ukrainiens. La France tente de bloquer la voie de l’accord nucléaire irano-occidental. Elle poursuit son rapprochement de l’Arabie, après avoir abandonné le Qatar, souhaitant  renforcer l’opposition armée contre le pouvoir syrien. Ces faits n’influencent guère la Russie. Poutine continue d’imposer ses conditions.

L’ère des aventures américaines est révolue. Poutine en est conscient. Le commandant des Gardiens de la Révolution iranienne, le général Mohammad Ali Jaafari, entre sur scène. Il tourne en dérision les propos américains et israéliens sur une opération militaire contre l’Iran. «Les propos sur une opération militaire contre l’Iran sont une mascarade», martèle-t-il.

Le monde change. Barack Obama préfère les compromis aux guerres qui couteraient cher à son pays et provoqueraient des conflits interminables. Vladimir Poutine croit avoir réussi à imposer de nouvelles approches sérieuses pour mettre fin au monde unipolaire. Le «Lion mondial» ne semble pas prêt à faire marche arrière, coûte que coûte.

Le peuple russe est fier de son identité nationale. Mais que fera ce lion avec Assad de la Syrie? Poursuivra-t-il son appui jusqu’au bout?

C’est la question charnière.

A Damas, on est convaincu que la Russie n’aurait remporté sa bataille si le pouvoir s’était effondré. D’ailleurs, les derniers propos échangés entre Poutine et Assad suggèrent ce fait.

Article paru le 12 décembre dans le quotidien Al-Akhbar

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